|
Reparlons un peu d’Air Bourbon … La Réunion – Paris : 9 000 km Mayotte-Paris 7 000 km Quand dans les années 60, les premières liaisons aériennes s’installent entre la France et la Réunion, seule alors la compagnie nationale, Air France, avec les moyens de la puissance publique, pouvait assumer les importantes perspectives d’évolution de ce nouveau mode de déplacement de masse né de l’industrie aéronautique de la seconde guerre mondiale. La situation de monopole dans l’aérien civil, activité humaine moderne et novatrice, a donc très tôt fortement contribué, au grand jour, véritable caste élitiste, à la constitution d’un Etat dans l’Etat, jusqu’à la fin du monopole imposée par les luttes pour la démocratisation et par les libéralisations de l’évolution économique et politique de l’ Europe en marche.
Les marchés de l’aérien, de par les dimensions financières qu’ils induisent très rapidement dans les régions où il est le mode de transport collectif déterminant, les îles et les archipels, comme notre zone Océan Indien, ont toujours suscité de multiples soubresauts dans leurs développements économiques et historiques. Quand, suite aux mouvements sociaux européens de la période 1968, en Grande Bretagne, un chef d’entreprise révolutionnaire, LAKER, lançait vers les Etats-Unis, terre d’attrait, ses premiers vols « charters » et ouvrait ainsi en Europe la brèche de l’existence d’un transport aérien populaire et démocratique, en France, une association de soixante-huitards, avec le soutien d ‘élus socialistes de l’est, avec à sa tête le Président Maurice FREUND se crée : le POINT MULHOUSE, Affrétant collectivement auprès de compagnies étrangères des appareils, des petits groupes de militants partent en vacances vers l’ Afrique et l’ Amérique à partir des aéroports de Bâle-Mulhouse ou Bruxelles, l’aérien restant exclusivement en France un monopole imprescriptible de l’ Etat et de ses « technocrates ». Simultanément, à la même période, à la Réunion, les aspirations populaires et sociales grandissantes au désenclavement et à l’ouverture de l’accès au ciel impitoyablement bloqué par les coûts totalement inaccessibles au plus grand nombre des billets de l’époque, entraînent la création d’Echanges Sans Frontières du Président Gilbert GERARD. La rencontre et la conjonction de ces deux mouvements, soutenues par un élu réunionnais particulièrement éclairé, Président du Conseil Général puis du tout nouveau Conseil Régional, Pierre LAGOURGUE, permettent enfin l’arrivée des vols « charters français » et la baisse retentissante du prix du voyage Réunion-Paris de 12 000 F à 3 200 F . La brèche de la démocratisation et du désenclavement était enfin ouverte avec l’abolition du monopole d’Air France (Arrêté DOUFFIAGUES) et la constitution de la compagnie associative POINT AIR avec ses deux BOEING 707, dont le second cautionné par le Conseil Régional de la Réunion. Des dizaines de milliers de Réunionnais, autres que les appelés du contingent ou les enfants de familles, jeunes et moins jeunes pouvaient alors découvrir « leur patrie » : la métropole. Revancharde à souhait, l’ex-monopole national, Air France et ses fonctionnaires technocrates, avec l’aide du ministre communiste Charles FITERMANN, fait clouer au sol le 6 février 1986 la compagnie POINT AIR. Heureusement, Jacques MAILLOT, un chef d’entreprise combatif reprend le flambeau et NOUVELLES FRONTIERES, avec sa compagnie CORSAIR poursuit à des prix accessibles la desserte de la Réunion. Le rapide développement des échanges des biens et des personnes accéléré par l’arrivée des fonds structurels européens vont faire connaître au transport aérien un puissant essor. Maurice, soutenue par Air France et l’ Etat français, avec sa piste longue et ses vols directs Paris ou Londres, voit son tourisme « s’envoler » et une clientèle européenne et française aisée venir découvrir les charmes de l’ Océan Indien. L’exemple de l’île sœur entraîne de la part du Président de la Région Pierre LAGOURGUE l’exigence de la création d’une piste longue, grâce aux fonds structurels européens, pour permettre le décollage du tourisme local. Les coûts de plus en plus lourds pour Air France des déplacements de la population réunionnaise dans sa zone économique pousse la compagnie nationale et l’Etat à transférer à une compagnie locale qu’elle crée de toute pièce, Air Austral, les charges d’investissements et de fonctionnement du transport régional qui sera dès lors non plus assurées par la Collectivité nationale mais par la population locale et par la population des pays de la zone, dont surtout Mayotte, véritable « vache à lait » depuis 25 ans. Ainsi depuis 1982, les populations réunionnaises et mahoraises, dont les niveaux de vie et de revenus étaient pourtant très largement inférieurs à leurs compatriotes métropolitains et européens, grâce à la complicité bienveillante de ministres communistes des Transports et des élus communistes réunionnais, avaient à assumer « leurs déplacements aériens » aux prix forts. La concurrence et les batailles tarifaires des années 90 pour écrémer un marché juteux en plein essor, ont ramené Air France dans sa position dominante historique. Au plan européen et mondial la bataille de la mondialisation de l’aérien est engagée. Les ex-compagnies nationales se regroupent en cartels pour mieux se concurrencer sur un marché mondialisé de plus en plus actif. En 1995, la première compagnie privée française, Air Liberté, est rachetée par British Airways pour pénétrer et conquérir le marché français domestique, moyen courrier et long courrier vers les D.O.M. Le soutien indéfectible et inconditionnel de l’Etat français, des Gouvernements successifs, d’Aéroports De Paris, de l’Aviation Civile, rendent cette stratégie britannique vaine. Patron du MEDEF français, avec son groupe WENDEL Finances, Antoine SEILLERES, sert alors d’homme de paille pour le compte du regroupement SWISS AIR / SABENA qui souhaite occuper au sein du marché français une position concurrentielle que lui refuse sa non-appartenance à la Communauté Européenne. Air Liberté est alors rachetée par WENDEL à 51 % et SWISS AIR / SABENA 49 % . Cocorico, la défense d’Air France a encore pleinement joué son rôle et c’est un lamentable fiasco qui se conclut par la disparition de SABENA, puis de SWISSAIR et enfin la mise en liquidation du premier groupe aérien privé français. Les slots d’AIR LIBERTE se trouvent dès lors disponibles : les nouvelles sociétés low-costs EASYJET, RYANAIR, GERMAN WINGS, les cartels British Airways, Lufthansa vont se précipiter sur le cadavre et se positionner en concurrents mortels pour Air France affaiblie et en cours de privatisation. La crise est grave et il faut réaliser un montage « croquignolesque » avec un pilote d’Air France, Henri-Charles CORBET, des fonds occultes d’une holding HOLCO, pour éviter la liquidation judiciaire et sauver les slots d’ AIR LIBERTE devenue, grâce à de complaisantes pressions auprès du Tribunal de Commerce de Créteil, AIR LIB. Deux ans de répit et de turbulences diverses vont permettre de sauver le « soldat Air France » et quand, après avoir dilapidé les fonds et le potentiel d’Air Lib, le « chargé de mission très spéciale » CORBET jette l’éponge, Air France est sauvée jusqu’à la concrétisation de sa fusion avec K.L.M., autre grand malade survivant de l’aérien européen. A la Réunion, cette situation de crise, avec la liquidation d’AIR LIBERTE, qui faisait disparaître plus de 200 000 places, s’est traduite pour Air France et le Gouvernement, avec la bénédiction complice de tous les élus locaux, par le transfert dans l’urgence, à sa filiale locale et à ses dirigeants, des coûts d’investissements et des charges de fonctionnement avec 2 Boeing 777 qu’elle était totalement incapable d’assumer et qui ont ainsi encore plus lourdement grevés les Réunionnais et les Mahorais. AERIS, compagnie toulousaine qui avait souhaité desservir la Réunion en concurrence d’ Air France avait été évincée au profit d’Air Austral à qui on accordait "par miracle" la desserte de la métropole qui lui avait été systématiquement refusée depuis une décennie. Simultanément, malgré l’hostilité farouche des politiques locaux, d’ Air France et d’ Air Austral sa filiale, une petite compagnie privée, Air Bourbon, voit alors le jour pour participer, avec la volonté d’y réussir, à l’essor d’un marché aérien porteur bien qu’en pleine crise. Avec les 9% de parts de marché de son unique appareil, la qualité exceptionnelle de ses prestations et de son rapport qualité/prix, Air Bourbon ne constituait pas un concurrent dangereux, mais, avec sa volonté d’acquérir un second appareil, un Airbus 340-300 et de créer en partenariat avec le Gouvernement Comorien une structure concurrente dans la zone, Air Comores International, le danger pour Air France et Air Austral devenait très sérieux et risquait de gêner considérablement les plans d’Air France, du Gouvernement, mais aussi de MM. VERGES, ETHEVE, DINDAR et consorts. Dès lors tous le moyens ont été mis en œuvre pour, comme en 1986 avec POINT AIR, mettre à terre une compagnie susceptible de nuire aux intérêts en jeu de « certains ». Mensonges, rumeurs malveillantes, « ladi-lafé », refus de caution, chantage, pressions, tout a été fait. Les divers prestataires locaux, Réunion Air Assistance (dont le PDG est M. Ethève, PDG de son concurrent Air Austral ! ) la Chambre de Commerce, les fournisseurs, exigeaient le paiement « cash » de toutes les prestations. Air France Industries qui venait d’assurer la « grande visite » de l’ Airbus d’ Air Bourbon exigeait le paiement cash et immobilisait l’appareil. Airbus Industrie s’empressait de relouer l’appareil immobilisé pour priver Air Bourbon de toute issue rapide. Les investisseurs, qui devaient apporter leur participation à une augmentation de capital rendue nécessaire, s’avéraient « providentiellement défaillants ». « Témoignages », le P.C.R et ses alliés objectifs, de droite comme de gauche criaient « aux voleurs : où sont les 20 000 billets ? ». La Préfecture et les politiques, qui ont poussé à la création de cette situation, refusent à Air Bourbon la possibilité de rapatrier les centaines de « naufragés » bloqués artificiellement à Gillot, Paris, Lyon, et les obligent moyennant « finances » ( immense générosité : le prix coûtant 300 € !) à payer leur rapatriement auprès de Corsair et Air Austral, les fossoyeurs, alors que dans le même temps, à Maurice, le Gouvernement mauricien rapatriait gratuitement, sur sa compagnie nationale, toutes les victimes italiennes de la liquidation d’ Air Europe et sa filiale Volare. Le P.D.G. d’ Air Bourbon était sali et accusé de blanchiment « d’argent sale ». Le Directeur technique, M. PRALUS était prudemment « invité » à retirer ses compétences pour permettre de résilier le Certificat de Transporteur de la compagnie (il est aujourd’hui chez Corsair). Face à la faiblesse du passif constaté malgré toutes les affabulations annoncées, 7 millions € pour une entreprise de 160 salariés, le plan de redressement judiciaire est considéré comme impossible par le président du tribunal de commerce qui pourtant, et malgré les pressions exercées, fait tout pour sauver cette entreprise et ce symbole réunionnais. Mais faute d’argent (alors qu’il aurait été si facile pour les instances politiques locales de soutenir cette compagnie tellement utile au développement de la Réunion !), il doit liquider la mort dans l’âme. Un redressement accordé aurait permis l’arrivée de l’ investisseur attendu et aurait permis la reprise des vols, d’honorer dans le temps les billets émis, de combler le passif et de poursuivre l’essor d’une belle et vraie compagnie réunionnaise qui n’avait pas démérité malgré toutes les calomnies et toutes les attaques. Aujourd’hui, débarrassée d’un "vilain petit canard", la Réunion stagne par le manque de sièges et de concurrence, les prix flambent et Air France réduit ses rotations tout en continuant à remplir son tiroir caisse aux prix forts. Sa filiale locale, Air Austral, augmente sans retenue la pression de ses charges sur les Réunionnais et les Mahorais avec l’acquisition d’un 3è Boeing 777 : faisant payer "les pauvres". Plus que jamais les quelques individus qui manipulent l’aérien à Air Austral entendent préserver « leur onctueux fromage ». Quand un entrepreneur réunionnais sérieux et mondialement reconnu, Jacques DE CHATEAUVIEUX entend apporter sa contribution à l’essor du développement aérien de la Réunion face à la future « free-island » Maurice, en reprenant les parts d’ Air France et de divers petits porteurs, en garantissant des perspectives solides et pérennes de développement, il est rejeté comme « un charlatan » et un « gangster douteux » par des élus qui n’ont aucune compétence reconnue en affaires (Bobine Réunion et Ecopipe !), au profit d’une « fumeuse solution de portage » sur 3 ans du Crédit Agricole métropolitain, avec de mystérieux futurs investisseurs locaux illusoires. Où sont formalisées les intentions fermes d’engagement du Crédit Agricole auprès d’ Air France et d’Air Austral ? Avec quels moyens garantis et qui sont les futurs repreneurs locaux du portage qui, sans doute, sera « gratuit » ? Quelles garanties sérieuses ont les salariés que l’on incite à investir dans une entreprise qui ne peut rémunérer des dividendes ? Avec quels capitaux va-t’on acquérir les Boeing 777, un éventuel futur A 380 pour améliorer la rentabilité de l’entreprise ? Avec les salaires des personnels ? L'argent des contribuables ? Plus que jamais l’avenir du désenclavement aérien et du développement touristique global de la zone est compromis et incertain. Plus que jamais la nécessité de la continuité territoriale pour les déplacements de tous les Réunionnais et de tous les Mahorais vers la France et l’ Europe est cruciale et vitale. Plus que jamais, face à la protection des situations de rente acquises par certains au détriment de l’intérêt général, il faut privilégier l’ouverture à une véritable et forte concurrence essentielle pour attirer sur la zone Océan Indien, à des conditions économiques tolérables, nos touristes parmi les 450 millions d’ Européens, les 1 000 millions d’Indiens et le 1 400 millions de Chinois. C’est à ce formidable combat que notre petite et modeste association COLL’AIR appelle l’ensemble des populations et des politiques progressistes et clairvoyants de la Réunion, de Mayotte, des Comores, de Madagascar, de Maurice, des Seychelles. Il importe que tous les citoyens de notre zone, dans la solidarité et la confiance, se réapproprient l’avenir de leur région et de leur enfants. |